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1. Les typologies
textuelles
a/ les sources :
Lorsque la linguistique dans les années 1960 a
commencé, suivant les termes de Benveniste (1966, p.
13) , à s'intéresser au "discours", à
"la langue comme instrument de communication" et non plus
seulement comme "système de signes", et à ne
plus se limiter à la phrase mais à
étudier les suites de phrases, diverses entreprises
de "classements de textes" ont vu le jour, prenant comme
critère par exemple la fonction dominante du texte
selon le schéma de Jakobson (1963) : fonction
émotive, référentielle,
poétique, etc... ou la façon dont s'organise
la succession des propositions, selon un "ordre" temporel,
spatial ou logique (Dubois 1969).
Benveniste a classé les textes en
"discours" ou "récits" suivant la présence ou
l'absence d'un certain nombre de caractéristiques
linguistiques qui obligent à se repérer par
rapport à la situation d'énonciation
(1).
Il a ainsi ouvert la voie à de nombreuses recherches
dans deux directions : classer les textes d'après des
groupements de caractéristiques linguistiques
(Bronckart 1985) et étudier la place de
l'énonciation dans la langue. Parmi ces
dernières, citons en particulier les travaux de
Ducrot mettant en valeur de " l'orientation argumentative
dans la langue" (cf.. plus loin page 5, § c).
Mais aucune de ces recherches ne fait
intervenir la catégorie "texte argumentatif".
b/ Les " types de textes
"
E.Werlich (1976) propose cinq catégories de textes
: narration, description, exposition, argumentation et
instruction. Il définit deux critères sur
lesquels il s'appuie pour cette classification :
l'existence de conduites
langagières adaptées à des
situations de communication : par exemple expositives
pour informer ou persuasives pour modifier l'opinion, la
volition de quelqu'un.
ce qu'il appelle " the basic cognitive
process of contextual categorization ". Il explique ainsi
que pour la narration " the focus is on factual and/or
conceptual phenomena in the temporal context " et pour
l'argumentation " on the relations between concepts of
phenomena " (ibid. p.19).
Les linguistes qui travaillent dans cette direction (e.g.
travaux de J-M Adam ou B. Combettes) vont chercher à
définir, pour chaque catégorie, "à un
niveau global (superstructure), un schéma
d'organisation, un plan d'ensemble" et, "au niveau
microstructurel" (Petitjean 1986-1987) des ensembles de
caractéristiques linguistiques, par exemple un usage
particulier des temps verbaux.
Cette classification a été
reprise dès 1979 dans un manuel scolaire
publié par B. Combettes, J. Fresson et R. Tomassone
(1979) et a pris de plus en plus d'importance dans la
didactique du français, et des langues, car elle
permet d'articuler les différentes activités
du cours de français (apprendre à lire et
à s'exprimer et étude de la langue) et
d'introduire de nombreux outils nouveaux issus des sciences
du langage.
Cependant tous les auteurs se sont
heurtés à la difficulté de faire entrer
la multiplicité de l'ensemble des textes dans
quelques catégories assez strictement définies
ou ont cherché à redéfinir ces
dernières. Tous, dès le départ, ont
précisé qu'à côté des
textes "purs" on trouve des textes relevant de plusieurs
types, avec une dominante. J.-M. Adam préfère
classer les "séquences" combinées dans un
texte que les textes. Il propose aussi de réserver la
classification à la structure des séquences,
c'est-à-dire à l'organisation
hiérarchique des propositions ou "grandes formes de
mise en texte" s'appuyant sur "un découpage
prélinguistique du référent" (Adam 1992
p. 97). D'autres "plans d'organisation textuelle"
intervenant et expliquant la diversité finale des
textes, mais ne relevant pas d'une typologie.
c/ Les critères de
définition du texte argumentatif
Définir les caractéristiques permettant
d'identifier un texte narratif n'a pas posé les
mêmes difficultés que pour les autres types de
textes. Tout d'abord les recherches effectuées autour
du récit étaient déjà
très nombreuses et fournissaient des modèles
structuraux d'organisation pour les textes. De plus une
organisation de type chronologique est sans doute plus
aisée à comprendre.
Au contraire, on a rencontré
beaucoup de difficultés pour définir les
caractéristiques permettant d'identifier un texte
argumentatif. On ne disposait d'aucune description de son
organisation, mais seulement de notions comme celles de
"thèse soutenue/réfutée" et d'argument.
Les formes des textes argumentatifs apparaissaient comme
trop diverses. Le recours à une rhétorique qui
multiplie les catégories pour désigner les
sortes d'arguments renforçait cette
difficulté.
De plus si dans toutes les classifications
il y a un type de texte argumentatif à
côté du narratif et du descriptif, les autres
catégories peuvent varier entre informatif,
explicatif, expositif, instructif, injonctif... De ce fait,
les critères caractérisant le texte
argumentatif varient de façon importante suivant les
catégories dont on cherche à le distinguer :
argumentatif/explicatif ou argumentatif/expositif par
exemple.
Non seulement ces critères varient
suivant les auteurs mais ils sont parfois très flous.
Ainsi certains considèrent le " but " du texte dans
la situation de communication comme déterminant. Par
exemple A. Petitjean (op. cit.) classe, d'après ce
critère, le texte suivant comme " instructif ",
même s'il s'organise comme une conclusion et deux
arguments :
" En cas de troubles cutanés, n'appliquez
pas localement n'importe quel médicament,
notamment les antibiotiques ou les dermocorticoïdes.
Cela pourrait s'avérer néfaste pour la peau
et gêner le diagnostic du médecin. "
Or la définition de ce critère est flou.
Par exemple, l'opposition "faire comprendre/convaincre " qui
permet de distinguer texte explicatif et argumentatif
soulève autant de difficultés qu'elle en
résout. B. Combettes (op. cit. () écrit que "
la volonté d'informer est très proche de la
volonté de transformer une croyance fausse ".
Certains ont même assimilé cette opposition
à celle qui oppose recours à l'intelligence,
à la raison et recours à la
subjectivité. Ainsi dans un manuel scolaire les
auteurs estiment qu'on trouve les textes informatifs et
explicatifs dans " les livres scientifiques et les manuels
scolaires " et les textes argumentatifs dans les " tracts,
courrier, dépliants, prospectus " (Lire à
loisir-4è, Nathan, 1992, p. 51 ).
Enfin la recherche de
caractéristiques linguistiques dépendra des
autres critères de définition : le dernier
manuel cité, par exemple, cherchera dans les textes
explicatifs " un vocabulaire neutre et la présence de
généralisations " et dans les textes
argumentatifs " un vocabulaire marqué, des tournures
de mise en relief, des renvois à l'interlocuteur
".
Ainsi caractériser un texte
argumentatif est une entreprise difficile. Pour l'enseignant
de français, la façon de le faire doit
permettre d'évaluer et de faire progresser la
compréhension que les élèves ont de
tels textes.
2. Comprendre un texte
argumentatif à partir des "indices"
linguistiques
a/ La lecture de textes
argumentatifs en didactique du français
L'ouvrage de référence est actuellement
celui de A. Boissinot (1992). Après avoir
constaté qu'il n'y a pas pour l'argumentation de
"théorie constituée" comme la narratologie
pour le récit, il se propose de retenir dans les
"modèles" issus de la rhétorique, de la
philosophie et des sciences du langage, ce qui a une
efficacité pédagogique. Il décrit trois
"traits constants d'organisation des textes argumentatifs"
(ibid. p.37) :
leur "déroulement"
mène d'une thèse réfutée
à une thèse proposée, par un
"processus d'argumentation".
leur développement se fait autour
d'un certain nombre d'arguments.
ils ont un caractère "dialogique",
car "deux points de vue s'y croisent de façon plus
ou moins explicite".
Les différentes formes d'argumentation
correspondent à une prédominance de l'une ou
l'autre de ces caractéristiques. Chacune se manifeste
par un recours privilégié à certains
outils linguistiques.
b/ La méthode
proposée
A. Boissinot propose une "grille de lecture" en trois
étapes :
Il s'agit d'abord de repérer
systématiquement un certain nombre " d'indices "
constitués par des " procédés
linguistiques " qui traduisent dans le texte les
caractéristiques dégagées plus haut.
Ces procédés ne sont pas tous
nécessairement présents dans un texte, et
les catégories d'indices peuvent se
révéler plus ou moins " productives " selon
les textes (ibid. p.57).
Dans un deuxième temps,
l'observation de la répartition de ces indices
dans le texte, leur interprétation et celle de
leur évolution au cours du texte doivent permettre
des hypothèses sur la " dynamique du texte ".
"Enfin l'interprétation
amène à recouper les trois types d'indices
pour passer du repérage local à une prise
en compte globale du texte " (ibid.), c'est-à-dire
repérer les thèses en présence,
identifier les arguments et la thèse à
laquelle ils se rattachent, leur " agencement ", ce que
l'auteur appelle reconstruire "le circuit
argumentatif".
c/ Les " indices "
retenus
Ils sont regroupés en trois catégories
:
Les " indices
d'énonciation " sont nombreux. On
relèvera le jeu des pronoms personnels, et on sera
attentif aux sens de on. On s'intéressera à
tout ce qui constitue un " trait de subjectivité "
dans le choix du lexique et aussi à ce qui "
oriente " vers telle ou telle conclusion, suivant les
études de Ducrot (1980, 1984). Par exemple,
l'énoncé " il est à peine en retard
" oriente vers la conclusion " ce n'est pas grave ",
alors que l'énoncé " il est presque en
retard " oriente dans l'autre sens.
A. Boissinot met encore dans cette
catégorie les procédés par lesquels
celui qui argumente "signale son degré
d'adhésion aux contenus énoncés"
(op. cit. p.52) et la façon dont il rapporte les
"énoncés d'autrui". Ces indices doivent
mettre sur la voie du repérage des deux
thèses en présence.
Le repérage
des "champs lexicaux"(2)
doit surtout permettre de relever des oppositions et
d'observer comment ces champs lexicaux sont reliés
à "deux pôles dont l'un est valorisé
et l'autre dévalorisé". L'auteur avertit
que la définition de la notion de "champ lexical"
n'est pas toujours assez précise. Il signale aussi
que l'interprétation de ces indices "suppose au
moins un début de compréhension du texte"
(ibid. p.57).
" les indices
d'organisation " sont aussi bien la disposition
typographique que le choix des thèmes du texte et
l'ordre dans lequel ils apparaissent ("la progression
thématique") ou les "connecteurs
argumentatifs"(3).
D'autres entrées sont encore proposées
comme le repérage des métaphores et des
comparaisons. A partir de ces indices il s'agira en
particulier de repérer le découpage des
arguments et leur "agencement".
Comment passer du relevé des indices à
l'organisation du texte ? L'auteur répond en donnant
des exemples de lecture de textes suivant sa "grille". Cette
question de l'organisation du texte apparaît comme
centrale pour la compréhension du texte argumentatif.
Notre collaboration entre professeurs de
mathématiques et professeurs de français nous
a conduits à l'aborder d'une autre
manière.
3. Les caractéristisques de
l'argumentation
Partant de l'idée que comprendre un texte
argumentatif c'est reconstruire l'argumentation qu'il
présente, nous nous sommes d'abord
intéressés à l'organisation de la
représentation que doit construire le lecteur au
cours de son activité de compréhension de
texte. Les publications de R.Duval nous permettent de
préciser quelques caractéristiques de
l'organisation de l'argumentation.
a/ le raisonnement comme
organisation de propositions.
La première caractéristique concerne le
type d'organisation recherchée : il ne s'agit pas de
reconstituer une succession chronologique
d'événements comme dans une narration, ni de
caractériser différents éléments
tout en les situant dans un objet ou une unité
d'ensemble comme dans une description.
Cette remarque élémentaire a
pour conséquence que les unités de
l'organisation globale d'un raisonnement ne sauraient
être des "objets". Il s'agit obligatoirement de
propositions, c'est-à-dire d'énoncés
susceptibles de prendre une valeur de vérité
ou une valeur épistémique (évidence,
absurdité, vraisemblance etc...). Par exemple pour la
compréhension du texte de Zola proposé lors de
l'évaluation seconde en 1994, des
éléments comme "la littérature" ou "les
uvres d'art" ne peuvent permettre de reconstruire le
raisonnement. Il faut partir d'énoncés comme
"l'art et la littérature
meurent de leur belle
mort".
Ces propositions peuvent ou non
correspondre à des propositions au sens grammatical
du terme. Un groupe comme "la mort de l'art et de la
littérature" pourrait aussi renvoyer à
l'énoncé "l'art et la littérature
meurent" .
b/ Une organisation
orientée
L'organisation propre à un raisonnement se fait en
fonction de l'orientation de chaque proposition vers une
proposition que -- suite à R. Duval -- nous
appellerons
énoncé-cible, car
les mots "conclusion" et "thèse" peuvent prendre des
sens plus particuliers.
Dans le cas de l'argumentation
l'énoncé-cible est la proposition dont on
cherche à convaincre l'interlocuteur. Puisqu'il
s'agit d'une proposition dont on veut convaincre, elle
implique toujours l'existence -- même non explicite
dans le texte -- d'une proposition contraire qu'on cherche
à dévaluer.
Dans un texte,
l'énoncé-cible peut être explicite, mais
aussi apparaître sous la forme de
l'énoncé auquel l'auteur s'oppose et non sous
la forme de l'énoncé dont il cherche à
convaincre ; il peut même rester complètement
implicite. R. Duval (1992 p.6) donne l'exemple de
l'argumentation fameuse de Voltaire en faveur de Callas,
conduisant à conclure que la condamnation de Callas
est injuste sans jamais l'affirmer.
Puisqu'il y a toujours une affirmation que
l'on rejette en même temps qu'une affirmation
contraire que l'on défend, un texte argumentatif
s'organise autour de deux points de vue, traditionnellement
"le pour et le contre". Il est indispensable pour le
comprendre d'identifier clairement ces deux points de vue et
de bien partager dans le texte les propositions et les
formulations à relier à chacun d'eux. On
retrouve ici les deux "pôles" d'A. Boissinot.
Mais dans cette organisation en fonction
de l'énoncé-cible toutes les propositions
n'ont pas le même rôle. Une proposition sera une
déclaration, un jugement alors que la suivante pourra
être une justification de la première (ou le
contraire). L'organisation se saisit des propositions en
fonction de leur
statut(4)
qui peut être marqué ou non par des
expressions linguistiques.
c/ Différence entre
raisonnement explicatif et raisonnement
argumentatif
Deux types de textes sont organisés en fonction
d'un énoncé-cible : l'explication et
l'argumentation. Mais leur fonctionnement est
différent.
Nous venons de rappeler que dans un
texte argumentatif il s'agit de convaincre de
l'énoncé-cible, c'est-à-dire que le
contenu de cette proposition doit apparaître en fin
d'argumentation comme plus certain qu'il ne l'était
au départ.
Ainsi dans le texte de Maupassant
proposé à l'évaluation seconde (voir
texte en annexe), argumenter
pour " on ne peut aimer qu'une seule fois " c'est donner des
raisons pour répondre à la question " Pourquoi
dites-vous qu'on ne peut aimer qu'une seule fois ? "
S'il y a argumentation c'est parce que
celui qui argumente pense que l'énoncé-cible
n'a pas au départ le même degré de
fiabilité pour l'interlocuteur que pour lui. C'est
cette différence entre deux positions opposées
(quand l'un pense l'énoncé-cible comme
certain, et l'autre comme impossible, par exemple) ou
éloignées (l'un pensant certain ce que l'autre
juge seulement possible) qui donne lieu, dans un texte, aux
deux points de vue dont nous avons parlé au
paragraphe précédent.
Dans une explication, on
n'évalue pas le bien-fondé d'une affirmation.
On met en relation des faits pour permettre de les
comprendre. Par exemple pour expliquer qu'on ne peut aimer
qu'une seule fois, quelqu'un pourrait mettre en relations
différentes caractéristiques affectives et
psychologiques des êtres humains qui permettraient de
comprendre pourquoi un deuxième amour est impossible,
sans que cette impossibilité ne soit remise en
question.
Dans la mesure où une proposition
que l'on comprend mieux acquiert de ce fait même un
degré de fiabilité plus grand, la distinction
entre argumentation et explication, surtout dans les textes
peu élaborés, n'est pas toujours
évidente, et ne constitue pas un but en soi.
Mais il est important que le lecteur soit
attentif à toute explicitation du degré de
fiabilité que l'auteur donne à telle
proposition ou de celui qu'il lui prête aux yeux de
l'interlocuteur, que ce soit par des expressions comme " il
est certain que " ou moins directement par une forme
interro-négative par exemple. Tout ce qui constitue
une évaluation du bien-fondé des raisons
produites est à rechercher pour comprendre
l'organisation de l'argumentation.
d/ La compréhension de
l'organisation de l'argumentation
Elle se fait à deux niveaux : d'une part il s'agit
de repérer chaque argument et de comprendre son
fonctionnement, d'autre part il est nécessaire
d'articuler entre eux les différents arguments
d'après les relations qu'ils entretiennent entre eux
et avec l'énoncé-cible.
Pour chaque argument il
s'agit de repérer le statut des propositions qui le
composent (même si on trouve aussi des jugements de
valeur sans justification) et donc de se demander :
quelle proposition est prise comme
point de départ ? y en a-t-il une ou plusieurs ?
quelle est la conclusion proposée
?
quelles relations sémantiques
existent entre ces propositions, et entre les termes qui
les composent, permettant de justifier l'inférence
proposée ?
Pour justifier cette inférence
a-t-on besoin d'un " loi " plus générale,
explicitée ou non dans le texte, ou s'agit-il
d'une inférence directe ?
Cette organisation de l'argument peut ou non être
soulignée par des connecteurs ou d'autres
caractéristiques linguistiques que l'on va rechercher
en fonction de ce qu'elles indiquent du fonctionnement de
l'argument.
L'organisation globale du
texte repose à la fois sur la pertinence des
arguments, c'est-à-dire sur les relations entre leur
contenu sémantique et celui de
l'énoncé-cible, et sur les relations entre
eux.
Elle prend en compte aussi bien leur
orientation -- en faveur ou contre
l'énoncé-cible -- et leur force, suivant
qu'ils résistent ou non à l'objection.
L'opposition entre propositions intervient de deux
façons dans cette organisation. D'une part
l'opposition entre l'énoncé-cible et
l'énoncé qu'on cherche à réfuter
fait qu'on donnera des arguments en faveur de
l'énoncé-cible et des arguments contre
l'énoncé qu'on veut dévaluer. D'autre
part l'organisation peut aussi reprendre l'opposition entre
deux arguments, l'un orienté pour une thèse et
l'autre contre, et faire intervenir leur force respective
pour orienter globalement vers
l'énoncé-cible.
Ainsi le jeu des oppositions dans un texte
est souvent complexe et on ne peut le traiter sans tenir
compte du statut des propositions. D'autant plus
qu'introduire une opposition à l'intérieur de
ce qui était présenté comme simple par
l'adversaire est une façon de démolir son
argumentation.
Aux niveaux de l'organisation de chacun
des arguments et de l'organisation globale de
l'argumentation, la variété des textes
argumentatifs est très grande.
Nous avons choisi de confronter à ces quelques
orientations le travail proposé sur la
compréhension d'un texte argumentatif lors de
l'évaluation à l'entrée en seconde. En
effet on dispose là à la fois d'un ensemble de
questions sur des textes et de réponses attendues
comme indicatrices de compréhension. De plus le choix
des textes, des questions et des réponses avait un
statut d'évaluation nationale ce qui, sans lui donner
vraiment une valeur de norme, permet au moins de le
considérer un indicateur de ce qui se passe dans les
classes, sous une forme souvent plus partielle et moins
observable. Il s'agit de la première
expérience à ce niveau charnière entre
le collège et le lycée, en septembre 1994.
Notes
L'énonciation
étant l'acte de produire un énoncé, la
situation d'énonciation recouvre les participants :
énonciateur, destinataire, etc, ainsi que les
relations entre eux, les circonstances spatiales et
temporelles et tous les autres aspects du contexte.
[Back]
Un champ lexical est une " série
de termes renvoyant à une même
réalité ou à un même concept "
[Back]
L'étude des connecteurs a
été une des premières recherches en
didactique du français sur les textes argumentatifs
(cf. Groupe INRDP, "Logique et Langage", Recherches
Pédagogiques, n°56, 1976, pésenté
par O.Ducrot) et continue à occuper une place
importante (cf. Pratiques, n°84, 1994.) Mais tous les
textes argumentatifs n'en comportent pas.
[Back]
Le statut d'une proposition " correspond
au rôle qu'elle remplit vis à vis d'un autre
énoncé dans l'organisation globale d'un
discours : prémisse, règle, conclusion. "
(Duval, 1995, p.123). Il s'agit ici du " statut
opératoire " qu'on trouvera dans tous les textes de
raisonnement. Par contre le " statut théorique ",
fixé par un " état des connaissances "
(conjecture, théorème, hypothèse,
etc...), ne peut exister que dans des domaines commes les
mathématiques. Dans le cas particulier de la
démonstration, les propositions ont donc un double
statut. (cf. Duval-Egret 1993, page 5) [Back]

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